Les seigneurs de Coucy, aujourd'hui Coucy-le-Château en Picardie près de Laon, furent une des familles les plus puissantes du royaume de France. Enguerrand de Boves, mort en 1115, se distingua dans la première croisade. Son fils se rebella contre le roi Louis VI (1108-37), qui dut entreprendre deux expéditions militaires contre lui. Enguerrand III combattit dans l'ost de Philippe Auguste (1180-1223) à Bouvines en 1214.
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Figur 1. Ces armes sont celles de la puissante maison féodale de Coucy, fondée en 1078 par Enguerrand de Boves qui épousa Ade de Coucy, et éteinte en 1397 avec la mort d'Enguerrand VII fait prisonnier par les Turcs lors de la croisade de Nicopolis. Fascé de vair et de gueules de six pièces |
Enguerrand IV ne laissa pas d'héritier. Le château de Coucy, une énorme forteresse avec le plus grand donjon d'Europe, dynamité par les Allemands en 1917, passa à une branche collatérale de la famille, Enguerrand de Guynes. Enguerrand VI tomba à Crécy en 1346, et son fils, Enguerrand VII, participa à la croisade hongroise contre les Ottomans, fut fait prisonnier et mourut en Turquie en 1397. Le puissant château passa à la famille royale. À la Révolution, il appartint à la branche des Orléans.
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Figure 2. Le château avant et après sa destruction en 1917
Enfermés dans le donjon comme dans un vaisseau à l’épreuve des tempêtes, le seigneur et la garnison peuvent soutenir siège et assaut grâce à la massivité de la construction et aux flèches qui dissuadent l’ennemi d’approcher. En fait, la défense qui s’exerce de haut à partir des archères, des créneaux et des premiers mâchicoulis (Niort, vers 1170), est presque uniquement passive.
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Figure 3. Le donjon avant 1917 et son plan selon Viollet-le-Duc
Aussi les architectes ont-ils cherché non seulement à accroître la résistance des matériaux au choc, mais également à trouver des formes qui éliminent les angles morts. Après maints tâtonnements dont témoigne le XIIe siècle, on s’est arrêté, en France du moins, à la forme cylindrique qui connut un grand succès et produisit des chefs-d’œuvre, tel le donjon de Coucy (diamètre 31 m, hauteur 55 m).
Pour éviter les incendies, les étages furent voûtés, et pour faciliter les sorties, la porte fut reportée au rez-de-chaussée. Bien adaptée à des fins militaires, la forme ronde l’est beaucoup moins à l’usage d’habitation. C’est pourquoi elle ne fut guère adoptée dans les régions qui demeurèrent fidèles, par archaïsme ou nécessité, au grand donjon résidentiel. (Encyclopédia Universalis)

Figure 4. Coucy vers 1576. Jacques Androuet Du Cerceau, architecte du roi , Les plus excellens bastiments de France
L’honneur est une qualité qui s’acquiert par la naissance ou le mérite, mais surtout qui se perd à partir du moment où le comportement de celui qui est considéré comme homme d’honneur ne répond plus aux critères fixés par le code de la société dans laquelle il vit. Quand on en appelle à l’honneur, on en réfère à un certain code social et moral. Celui qui transgresse ce code, après l’avoir évoqué, s’exclut de facto de sa communauté, il s’excommunie et est excommunié.
Souvent l’honneur se mesure à l’aune de l’affront. Celui qui reçoit un affront risque d’être déshonoré. À partir du moment où l’affront est réel, l’offensé a le devoir de se venger, sinon, il perd sa propre estime et celle des autres. Il doit exiger que l’offenseur lui présente des excuses, mais l’offenseur ne peut les lui présenter sans être taxé de lâcheté et donc de déshonneur. Le combat est donc inévitable : « la lessive d’honneur se lave dans le sang », assure Théophile Gautier.
Les rites de ce combat sont historiquement très anciens. Montesquieu voit « naître et se former les articles particuliers de notre point d’honneur » sous Louis le Pieux : « L’accusateur commençait par déclarer devant le juge qu’un tel avait commis une telle action, et celui-ci répondait qu’il en avait menti. La maxime s’établit que, lorsqu’on avait reçu un démenti, il fallait se battre. »Très rapidement, le juge devint indésirable. Seule la justice privée fut reconnue compétente dans les « affaires d’honneur ». On fait appel au Jugement de Dieu – le duel est un combat judiciaire, un jugement de Dieu ; tuer – ou au moins blesser – est un devoir moral.
Dérivé du vieil anglais ordal (allemand moderne Urtheil ) qui signifie «jugement», le mot «ordalie» désigne le «jugement de Dieu». Les plus célèbres épreuves dans l’aire indo-européenne, les plus propres sans doute à frapper les imaginations, sont celles du feu et de l’eau : par exemple, porter un fer rougi sur un endroit du corps ; plonger dans un lac, la main gauche liée au pied droit et la main droite liée au pied gauche (le coupable surnage, l’innocent coule — quoique, en certaines régions, il semble que ce fût l’inverse !)... Elles prolongent plus ou moins la pratique traditionnelle du serment, forme de justification qui n’engageait pas seulement devant les hommes, et qui est susceptible de sanctions divines : les «sorts». Le christianisme adopta la plupart des ordalies. Il ne manqua pas d’ailleurs d’en ajouter quelques-unes : serments sur les reliques des saints, sur l’eucharistie, sur les tombes des martyrs (ainsi saint Pancrace à Rome), etc. L’attitude des autorités ecclésiastiques leur est largement favorable au Moyen Âge. Il faut attendre le douzième concile œcuménique, le quatrième du Latran, en 1215, pour que toute bénédiction ou consécration à l’occasion de ces jugements soient interdites aux clercs. C’est là une claire conséquence du refus des «jugements de sang» (dont témoignaient déjà les réticences particulières à l’une des ordalies, le duel judiciaire), puisque la prohibition des ordalies accompagne celle de toute «sentence de mort» (canon 18). Elle entérine aussi l’évolution des juristes, conduits à distinguer la purgatio vulgaris et la purgatio canonica . Exclure les ordalies des juridictions ecclésiastiques n’engageait donc pas leur condamnation dans l’usage et les juridictions civiles. Mais leur discrédit moral allait entraîner leur interdiction officielle (par Louis IX, en France, et par Henri III, en Angleterre).(D'après Encyclopædia Universalis)
Comme noble homme mes sires Enjorranz de Couci eust fet pendre iij nobles jovenciaux, si comme l'en disoit, qui estoient avecques l'abbé de Saint Nicolas eu Bois, de la dyocese de Laon, por ce que il furent trouvez en ses bois a tout art et saietes, sanz chiens et sans autres engins parquoi il peussent prendre bestes sauvages.
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Figure 5. Enguerrand IV de Coucy naquit en 1236 à Boves, Somme, fut marié en 1264 à Laon, Aisne, remarié 1288, à Béthune, Pas-de-Calais, et morut le 20 mars 1311. Affiche de chemin de fer. Au fond le château de Coucy.
Et li diz abes et aucunes femmes qui estoient cousines des diz penduz eussent aporté la compleinte de leur mort devant le roy, li benoiez rois fist apeler le dit Enjorran devant lui, (puis qu'il ot) fete enqueste soufisant et si comme l'en la devoit fere quant a tel fet.
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Figure 6. Louis IX (Saint Louis) 1226-70
Et lors il le fist arester par ses chevaliers et par ses serganz et mener au Louvre et metre en prison et estre ilecques tenu en une chambre sanz fers.
Et comme li diz Enjorranz fust einsi retenu, un jour li benoiez rois fist le dit (Enjorranz) amener devant lui; avecques le quel vindrent li rois de Navarre, li dus de Bourgoigne, li (cuens) de Mar, li quens de Sessons, li cuens de Bretaigne et li cuens de Blois, li cuens de Champaigne et mon seigneur Thomas, lors arcevesque de Reins, et mon seigneur Jehan de Thorote et ausi comme touz les autres barons du roiaume. A la parfin il fu proposé de la partie du dit monseigneur (de Couci) devant le benoiet roy que il vouloir conseillier soi. Et lors il se trest a part et touz ces nobles hommes devant diz avecques lui et demora li benoiez rois tout seul ilecques, fors que de sa mesniee. Et quant il orent esté longuement a conseil, il revindrent devant (le beneait roi), et proposa devant mon seigneur Jehan de Thorote pour le dit mon seigneur Enjorran, que il ne devoit pas ne ne vouloir soumetre soi a enqueste en tel cas, comme cele enqueste touchast sa persone, s'enneuret, son heritage, et que il estoit prest de defendre soi par bataille, etnoia plainement que il n'avoit (mie pen)du ne commandé apendre les jouvenciax desus diz. Et li diz abbes et les dites demmes estoient ilecques en presence d'autre part devant le benoiet roi qui requeroient justise.Et comme li benoiez rois ot entendu diligaument le conseil du dit mon seigneur Enjorran, il respondi que es fez des povres, des eglises ne des persones(dont en doit avoir pitié), l'en ne devoit pas einsi aler avant par loy de bataille; car l'en ne troveroit pas de legier aucuns qui se vousissent combatre pour teles manieres de persones contre les barons du roiaume. Et dist que il ne fesoit pas contre lui noveleté, com il fust einsi que autres foiz semblables choses eussent (esté fetes) par les ancesseurs du benoiet roy en semblables cas. Et lors recorda li benoiez rois que mon seigneur Phelipe, roy de France, son aiel, pour ce que mon seigneur Jehan de Soilli, qui adonques estoit, avoit fet un homicide, si comme l'en disoit, fist fere une enqueste contre lui, et tint le chastel de Soilli par xij ans et plus, ja soit que li dix chastiax ne fust pas tenu du roy sans autre moien, ainçois estoit tenu de l'eglise d'Orliens. Donc li benoiez rois n'oy mie la requeste, ainz fist ilecques meesmes prendre maintenant le dit mon seigneur Enjorrant par ses serganz et mener au Louvre et le fist ilec tenir et garder.
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Figur 7. Le château du Louvre au XIVe siècle. Les Très Riches Heures du duc de Berry. Octobre
Et tout fust il einsi que pluseurs proiassent le benoiet roy pour le dit mon seigneur (de Couci),nonpourquant onques pour ce li sainz roys ne volt leur prieres oir nenul d eus sus ce (escouter). Et adonques li benoiez rois se leva de son siege et les barons devant diz se partirent d'ilecques esbahiz et confus. Et en ce meesmes jour, apres la dite response du benoiet roy, li cuens de Bretaigne dist au (beneoit roi que) il ne devroit pas soustenir que enquestes fussent fetes contre les barons du roiaume en choses qui touchent leur persones, leur heritages et leur enneurs. Et li benoiez rois respondi au conte: “(Vos ne deistes) pas einsi en un tens qui est passé, quant les barons qui de (vos) tenoient tout nu a nu sans autre moien, aporterent devant (nos lor) compleinte de (vos) meesmes, et il offroient a prouver leur entencion en certains cas par bataille contre(vos). Ainçois respon(distes devant nos que vos ne deviez pas) eler avant par bataille, mes par enquestes en tele besoigne, et di(siez en)core que bataille n'est pas voie de droit”. Et li benoiezrois dist après que il ne le pooient pas jugier des coustumes du roiaume par enqueste fete contre lui a ce que il le punisist en sa persone, comme einsi fust que li diz mes sires Enjorran ne se fust pas sousmis a la dite enqueste, mes toutevoies se il seust bien la volenté de Dieu en cel cas, il ne lessast ne pour noble ce de son lignage ne pour la puissance d'aucuns de ses amis que il ne feist de lui pleine justise. Et a la parfin li benoiez rois, par le conseil de ses conseilliers, condempna le dit mon seigneur Enjorranen xij mile livres de parisis, la quele somme d argent il envoie en Acrepour despendre en l'ayde de la Sainte Terre. Et pour ce ne lessa il pas que il ne le condempnast a ce que il perdist le bois et quel les diz jovenciax avoient esté penduz, le quel bois il ajuga a l'abeie de Saint Nicolas.Avecques ce il le condempna que il feist fere trois chapellenies perpetueleset les douast pour les ames des penduz. Et li osta encore toute haute justisede bois et de viviers que il ne peust puis cel tens nul metre en prison netrere a mort pour aucun forfet que il i feist.
Et com il fust einsi que l'en deist que, pour les choses devant dites, mon seigneur Jehan de Thorote avoit dit es barons qui avoient ilecques esté, (que li beneaiz rois feroit) bien se il les pendoittoz, et comme l'en eust ce dit au saint roy, il l'envoia quere par ses serganz. Et quant li diz mon seigneur Jehan fu venu a la presence du benoiet roy, il s'agenoilla devant lui et li benoiez rois li dist: “Comment est-ce Jehan? Dites vous que je face pendre mes barons? Certainement je ne les ferai paspendre; mes je les chastierai se il meffont.” Et li diz mon seigneur Jehan respondi: “Sire, cil ne m'aime pas qui vous a dit ces paroles que je ne dis onques” et offri que il estoit prest de purgier soi ilecques par son serement et par les seremenz de XX ou XXX autres chevaliers ou de pluseurs. Pour laquele chose li benoiez rois ne le fist pas pendre, tout eust il eu devant propos de fere le pendre, pour ce que il s'escusa en tele maniere. Et vraiement el tens que li diz mes sires Enjorranz fu pris et retenuz, li rois de Navarre, li quens de Bretaigne, la contesse de Flandres et mout d'autresre (queroient au saint) roy que il leur rendist le dit mon seigneur Enjorran que il tenoit, meesmement com il n'eust onques esté a pendre les devant diz hommes. Mes li benoiez rois qui fu desdeignié pource que il avoient fet essemblee et sembloit que il feissent conspiracion contre le roiaume et contre s'enneur, se leva et ne se volt pas otroier aleur requeste, ainçois detint le dit mon seigneur Enjorran enprison.
Puisque
le noble homme, messire Enguerrand de Coucy avait fait pendre trois jeunes
nobles, à ce que l'on disait, qui étaient avec l'abbé de Saint Nicolas au
Bois, de la diocèse de Laon, parce qu'ils furent trouvés dans ses bois avec
des arcs et des flèches, sans chiens et sans autres moyens avec lesquelles
ils pourraient prendre des bêtes sauvages. Et puisque ledit abbé et quelques
femmes qui étaient cousines desdits pendus avaient porté plainte de leur
mort devant le roi, le saint roi fit appeler ledit Enguerrand devant lui, (après
qu'il avait) fait une enquête suffisante et ainsi qu'on devait la faire, vu
le caractère du fait. Et alors il le fit arrêter par ses chevaliers et par
ses sergents et conduire au Louvre et mettre en prison et être là tenu en
une chambre sans chaînes. Et comme ledit Enguerrand fut ainsi retenu, un jour
le saint roi fit amener ledit Enguerrand devant lui; avec lequel vinrent le
rois de Navarre, le duc de Bourgogne, le (comte) de Marc, le comte de Soissons,
le comte de Bretagne et le comte de Blois, le comte de Champagne et
monseigneur Thomas, alors archevêque de Reims, et monseigneur Jehan de
Thorote et aussi tous les autres barons du royaume. À la fin, il fut proposé
de la part dudit monseigneur (de Coucy) devant le saint roi qu'il prît
conseil. Et alors il se retirait à part et tous ces nobles hommes mentionnés
ci-devant avec lui et le saint roi demeura là tout seul, à l'exception de
ceux de sa maison. Et quand ils avaient été longuement en conseil, ils
revinrent devant (le saint roi), et monseigneur Jehan de Thorote proposa
devant lui pour ledit monseigneur Enguerrand, qu'il ne devait ni ne voulait se
soumettre à l'enquête en tel cas, parce que cette enquête touchait à sa
personne, à son honneur, à son heritage, et qu'il était prêt à se défendre
par bataille, et il nia complètement avoir soit pendu soit commandé de
pendre les jeunes gens en question.
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Figure 8. Combat entre chevaliers
Et lesdits abbés et lesdites dames étaient en ce lieu en présence d'autre part devant le saint roi qui requéraient justice. Et quand le saint roi avait entendu diligemment le conseil dudit monsieur Enguerrand, il répondit que lorsqu'il s'agissait des pauvres, des églises et des personnes (dont on doit avoir pitié), l'on ne devait pas ainsi procéder par loi de bataille; car l'on ne trouverait pas facilement des gens qui veuillent se battre pour ce genre de personnes contre les barons du royaume. Et il dit qu'il n'agissait pas avec lui d'une nouvelle manière, puisque c'était le cas qu'autrefois des choses semblables avaient (été faites) par les ancêtres du saint roi dans des cas semblables. Et puis le saint roi rappela que monsieur Philippe, roi de France, son aïeul, parce que monsieur Jehan de Soilli, qui vivait alors, avait commis un homicide, à ce qu'on disait, fit faire une enquête contre lui, et tint le château de Soilli pendant douze ans et plus, bien que ledit château ne fût pas tenu du roi sans autre intermédiaire, mais était tenu de l'eglise d'Orléans. Donc le saint roi n'entendit pas la requête, mais fit sur le champ prendre ledit monsieur Enguerrand par ses sergents et conduire au Louvre et le fit tenir et garder là. Et bien que plusieurs personnes priassent le saint roi pour ledit monsieur (de Coucy), néanmoins jamais pour cela le saint roi ne voulut entendre leurs prières ni écouter aucun d'entre eux sur ce point. Donc le saint roi se leva de son siège et les barons ci-devant dits partirent de là, ébahis et confus. Et en ce même jour, après ladite réponse du saint roi, le comte de Bretagne dit au (saint roi que) il ne devrait pas soutenir que des enquêtes fussent faites contre les barons du royaume en des choses qui touchent à leurs personnes, leurs heritages et leurs honneurs. Et le saint roi répondit au comte: “(Vos ne dîtes) pas ainsi en un tens qui est passé, quant les barons qui de (vous) tenaient tout, nu à nu, sans autre intermédiaire, aportèrent devant (nous leur) complainte de (vous)-même, et il offraient à prouver leur assertion en certain cas par bataille contre (vous). Mais vous répon(dîtes devant nous que vous ne deviez pas) procéder par bataille, mais par enquêtes dans un tel cas, et vous di(siez en)core que bataille n'est pas une voie de droit”. Et le saint roi dit après qu'ils ne pouvaient pas le juger selon les coûtumes du royaume par enquête faite contre lui si bien qu'il le punit en sa personne, puisque ledit monsieur Enguerrand ne se fut pas soumis à ladite enquête, mais toutefois s'il savait bien la volonté de Dieu en ce cas, il n'abandonnerait ni pour un noble de son lignage ni pour la puissance d'aucuns de ses amis de faire pleine justice dans son cas. Et pour finir, le saint roi, par le conseil de ses conseillers, condamna ledit monsieur Enguerrand à douze mil livres de parisis, laquelle somme d'argent il envoya à Acre pour la dépenser en aide à la Terre Sainte. Mais pour cela, il n'omit pas de le condamner à perdre le bois dans lequel lesdits jeunes nobles avaient été pendus, lequel bois il adjugea à l'abbaye de Saint Nicolas. Avec cela, il le condamna à faire faire trois chapellenies perpétuelles et de les douer pour les âmes des pendus. Et il lui ôta encore toute haute justice de bois et de viviers de sorte qu'il ne pût depuis ce temps mettre personne en prison ni condamner quiconque à la mort pour quelque forfait qu'il y aurait fait.
Et puisque que l'on dit que, pour les choses devant dites, monsieur Jehan de Thorote avait dit à propos des barons qui avaient été là, (que le saint roi ferait) bien de les pendre, et comme on avait dit cela au saint roi, il l'envoya chercher par ses sergents. Et quand ledit monsieur Jehan fut venu en la présence du saint roi, il s'agenouilla devant lui et le saint roi lui dit: “Comment est-ce Jehan? Dites-vous que je fasse pendre mes barons? Certainement je ne les ferai pas pendre; mais je les châtierai s'ils font du mal.” Et ledit monsieur Jehan respondit: “Sire, celui ne m'aime pas qui vous a dit ces paroles que je n'ai jamais dites” et il offrit d'être prêt à se disculper là sur place par son serment et par les serments de vingt ou de trente autres chevaliers ou de plusieurs. Pour cela le saint roi ne le fit pas pendre, même s'il avait dit auparavant avoir le propos de le faire, parce que il s'excusa de telle manière. Et vraiment, à cette époque où ledit monsieur Enguerrand fut pris et retenu, le roi de Navarre, le comte de Bretagne, la comtesse de Flandres et beaucoup d'autres re(quéraient au saint) roi qu'il leur rendît ledit monsieur Enguerrand qu'il tenait, comme s'il n'avait jamais pendu les hommes mentionnés. Mais le saint roi qui fut plein de dédain parce qu'ils avaient fait une assemblée, et même s'ils semblaient conspirer contre le royaume et contre son honneur, se récusa et ne voulut pas céder à leur demande, mais détint ledit monsieur Enguerrand en prison.